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Robusta-3A, le satellite montpelliérain qui a décollé avec Ariane 6

Publié le 11 juillet 2024

Ce CubeSat conçu par les étudiants du Centre spatial universitaire de Montpellier fait partie des onze charges utiles du premier vol d’Ariane 6. Il doit servir de relai de communication pour mieux comprendre la formation des phénomènes cévenols en Méditerranée.

Robusta-3A, le satellite montpelliérain qui a décollé avec Ariane 6

Il fait partie des onze charges utiles du premier vol d’Ariane 6. Robusta 3A est un CubeSat conçu et assemblé entièrement à Montpellier au Centre spatial universitaire par des ingénieurs et des étudiants stagiaires. Après dix ans de travail sur ce projet, les plus de 300 étudiants qui se sont succédé attendaient le lancement avec impatience et fierté. Le satellite s’est déployé comme prévu et les premiers signaux ont été reçus. Ce satellite va servir à affiner les prévisions des épisodes méditerranéens pour mieux les comprendre et les anticiper.

Robusta 3A s’est déployé comme prévu

MàJ du 11/07/2024 Le satellite conçu par le Centre spatial universitaire de Montpellier est opérationnel

Il a été éjecté par l’un des quatre déployeurs, installé dans la coiffe d’Ariane 6, 1h05 après le lancement, quelques minutes seulement après le second boost du moteur du premier étage Vinci. Rapidement, les antennes et les panneaux solaires du nanosat se sont ouverts. Conformément à la règlementation, les équipes ont dû attendre 46 minutes avant qu’il ne s’allume. Un premier passage au-dessus de Montpellier devait avoir lieu quelques minutes plus tard, mais c’est vers 4h du matin que Robusta a donné les premiers signes de vie. Ce sont des radio-amateurs qui ont capté son signal, preuve que le CubeSat 3u est désormais opérationnel. « Nous célébrons aujourd’hui l’achèvement d’une aventure qui aura duré 10 années grâce à nos mécènes industriels et aux partenaires de la mission Méditerranée » a réagi Laurent Dusseau le directeur du CSUM et de la fondation Van Allen.

Les charges utiles du premier vol d’Ariane 6 capturées par la caméra embarquée Ypsat Young Professionnal Satellite dont l’objectif était de documenter les opérations en orbite. Robusta 3A se trouvait dans le déployeur le plus à droite, en bleu sur la photo.

© ESA

Le satellite Robusta 3A fait 3U, trois unités CubeSats. C’est le premier nanosat de cette taille conçu par le CSUM.

© CSUM / Fondation Van Allen

Un satellite 3U pour se former

Ce projet pédagogique vise à préparer des étudiants à travailler dans l’industrie du spatial

Ils sont près de 300 à s’être succédé sur ce projet. Parmi eux, Cléo et Virgil. Tous deux ont passé un Mastère spécialisé en Développement des Systèmes Spatiaux, au Centre spatial universitaire de Montpellier avant de rejoindre le projet. « J’ai fait mon année d’alternance et j’ai été embauché au CSU en tant qu’ingénieur systèmes spatiaux », détaille Virgil Meslé. « On prend un peu le train en route. C’est dix ans de conception et c’est sur la dernière année qu’on l’a assemblé, intégré et testé, donc c’est un vrai plaisir de le voir partir », ajoute-t-il. « C’est un peu notre bébé », confie Cléo Joseph qui est aujourd’hui ingénieur qualité sur cette mission. « On a tous contribué à ce projet, donc on aimerait bien poursuivre ce travail dans l’espace. J’étais en salle blanche au moment de l’assemblage pour s’assurer que toutes les procédures étaient bien respectées. Je n’ai pas tenu le tournevis, mais j’étais là tout le long ». L’aventure Robusta 3A a commencé en 2014, pour développer le nanosatellite en interne de bout en bout. « Nous ne sommes pas des assembleurs, on ne va pas acheter sur étagère des sous-systèmes qu’on va assembler pour faire le satellite », explique Laurent Dusseau le directeur du CSUM et de la fondation Van Allen. « On a pris le temps et on a développé toutes les technologies. Ça fait partie de notre mission de formation en tant que Centre spatial universitaire ».

La fierté de faire partie du premier vol d’Ariane 6

Robusta 3A sera le seul représentant académique français présent sur ce premier vol du nouveau lanceur européen

Il a quitté Montpellier pour Kourou le 30 avril. Deux techniciens AIT (Assemblage, Intégration, Tests) du CSU l’ont accompagné et ont même eu le droit de signer la coiffe du lanceur comme le veut la tradition. « C’est une immense fierté », assure Laurent Dusseau. « On prend un risque puisqu’on fait voler notre satellite, un projet de dix ans, sur le premier vol d’Ariane 6. Mais on fait confiance à nos partenaires d’ArianeGroup qui font partie de la fondation Van Allen.. Tous les feux sont aux verts ». D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que le CSUM fait confiance aux lanceurs européens. « On a déjà lancé sur les vols inauguraux de Véga en 2012, on a lancé sur le vol de Véga-C en 2019. Tout s’est toujours très bien passé. Donc, on est confiants. On est un peu le porte-bonheur de nos membres fondateurs et des lanceurs européens ».

Les ingénieurs qui ont accompagné Robusta 3A jusqu’au CSG à Kourou ont pu signer la coiffe d’Ariane 6.

© CSUM / Fondation Van Allen

Robusta 3A, (ici dans le casier numéro 3) lors de l’installation des charges utiles dans la coiffe par les équipes du CNES et d’Arianespace.

© ESA / CNES / Arianespace / ArianeGroup

46 minutes avant le déploiement

Les ingénieurs du CSUM connaissent déjà le déroulé de leur mission dès que Robusta sera libéré en orbite

Mardi, Cléo et Virgil seront devant leur écran pour suivre le premier vol. « On sera au CSU, en train de trembler », explique la jeune femme. « Moi, je vais travailler sur les problèmes qui pourraient arriver pendant les opérations. On se prépare ». Virgil quant à lui va s’occuper des opérations spatiales. « C’est tout le cycle de la vie du satellite en orbite. On va faire la phase de mise à poste pour s’assurer, qu’après l’éjection, les panneaux solaires ou les antennes se sont bien déployées. Et ensuite, on lui fait faire sa mission ». Et tout est déjà planifié. 1h05 après le lancement, Robusta 3A, est libéré. Ensuite, 46 longues minutes vont s’écouler avant que le satellite s’allume comme l’exige la règlementation. Puis, il fera son premier passage au-dessus de Montpellier, ce qui permettra de s’assurer qu’il va bien. « Ces vérifications dureront entre deux et trois semaines », explique Virgil. Ce n’est qu’à l’issue de ces vérifications qu’il pourra commencer sa mission qui doit durer deux ans.

Prévenir les phénomènes cévenols

Si Robusta 3A est un projet étudiant, il va surtout servir à affiner les modèles de Météo France

Grâce à un partenariat avec le port de Sète, des balises vont être installées sur des ferrys qui traversent la Méditerranée. Ces capteurs vont mesurer l’hygrométrie, la pression atmosphérique et surtout surveiller la vapeur d’eau. « Le principe de l’épisode cévenol, c’est que la vapeur d’eau se forme au-dessus de la Méditerranée, puis le vent la ramène très rapidement au-dessus des côtes », détaille Laurent Dusseau. « Ça bute sur le Massif central et il y a un orage violent. Donc, cette vapeur d’eau, c’est vraiment le précurseur et savoir où elle est et comment elle se déplace, c’est un atout pour la prévision de ces phénomènes. On cherche à mieux les localiser et mieux anticiper leur intensité ». Or, cette donnée est très évolutive et Météo France qui jusqu’à présent ne mesurait ces variables qu’au niveau du littoral en aura besoin très rapidement. « Il faut, en moins d’une heure, pouvoir les traiter et les rentrer dans leurs modèles ». Placé entre 550 et 600 km au-dessus de nos têtes, sur une orbite similaire à celle de l’ISS, Robusta 3A devrait passer en moyenne quatre à six fois par jour au-dessus de Montpellier. « Mais, comme il n’est pas placé sur une orbite polaire, on peut très bien avoir des passages au milieu de la nuit », raconte Virgil qui s’attend à veiller pour recueillir les données de Robusta 3A.

Le CSU de Montpellier et la fondation Van Allen sont fiers de participer à cette première mission du lanceur européen.

© CSUM / Fondation Van Allen

Le bon curseur entre coût et fiabilité

Robusta 3A est donc tout sauf un gadget. « Les nanosats ne peuvent vivre que s’ils ont une vraie mission », martèle le directeur du CSUM. Mais pour cela, il faut qu’il s’allume comme prévu. « Faire un satellite, on y arrive, faire un satellite qui fonctionne correctement, c’est beaucoup plus compliqué », confie le directeur de la fondation Van Allen qui en est à son septième lancement de satellite avec le Centre spatial universitaire de Montpellier. « Toute la difficulté, c’est de savoir où mettre le curseur entre le « new space » qui peut vendre du vent avec des satellites qui n’émettent jamais le moindre signal et du “legacy” qui va faire que les satellites sont dix fois trop chers. Donc ça, c’est le savoir-faire de Montpellier. Savoir où mettre le curseur entre le coût et la fiabilité ».

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