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Publié le 03 décembre 2020
Radiotélescope iconique avec son imposante antenne fixe de 305 m, utilisé pour des avancées scientifiques et même vedette de cinéma, l’observatoire situé sur l’île de Porto Rico s’est effondré le matin du 1er décembre 2020.
Un géant de la radioastronomie vient probablement de subir une blessure fatale. Ce radiotélescope géré par la National Science Foundation, une agence gouvernementale américaine, a été construit à Arecibo sur la côte nord de l’île de Porto Rico dans les Antilles. Officiellement dénommé National Astronomy and Ionosphere Center (NAIC), il est surtout connu comme le radiotélescope d’Arecibo voire Arecibo tout court.
Le 1er décembre 2020, sa plateforme de réception s’est effondrée sur son antenne principale après la rupture de câbles. Quelques jours après la catastrophe, la National Science Foundation (NSF) publia cette vidéo montrant l’événement sous deux angles différents dont un acquis par un drone.
Lors de sa mise en service en 1963, il devient le plus grand radiotélescope du monde avec son impressionnante antenne de 305 m de diamètre installée dans une cuvette naturelle. Son récepteur est perché à 150 m au-dessus tenu par des câbles tendus via trois pylônes de béton. En 1973, l’antenne de 305 m qui consiste en fait en un maillage de câbles reçoit 38 778 panneaux d’aluminium de 1×2 m, ce qui augmente considérablement ses performances. Fixe, il ne peut être directement dirigé vers le secteur du ciel à observer, mais son récepteur suspendu peut être orienté pour compenser. Conçu pour étudier l’ionosphère, il se révèle être aussi un excellent instrument astronomique. Par exemple, en 1964, il permet de déterminer la période de rotation de Mercure (59 jours) ou en 1989 de réaliser la première image radar d’un astéroïde (Castalia). Cette technologie sera affinée par la suite et donnera des résultats spectaculaires.

Imagerie radar de l’astéroïde 2014 HQ124 de 370 m de large alors qu’il passait à 1,3 million de kilomètres de la Terre le 8 juin 2014. L’objet fut observé conjointement par Arecibo et le radiotélescope de Goldstone (Californie).
Crédit : NASA/USRA
C’est en 1974 que le radiotélescope émet le célèbre message d’Arecibo. Une représentation graphique en 1679 bits de l’observatoire et d’une silhouette humaine avec des données scientifiques. Il fut envoyé vers l’amas globulaire Messier 13 à 25 000 années-lumière.

Représentation graphique (couleurs ajoutées, elles n’étaient pas dans le signal d’origine) du message d’Arecibo envoyé vers l’amas globulaire Messier 13.
Crédit : CC-BY-SA 3.0
En 2008, Arecibo accomplit la détection de molécules prébiotiques (méthanimine et cyanure d’hydrogène) dans une galaxie distante.
Le radiotélescope fut aussi employé pour le programme SETI afin de tenter d’écouter des signaux radio émis par d’éventuelles civilisations extraterrestres, sans succès. Cette utilisation de l’observatoire fut popularisée par le film Contact en 1997 réalisé par Robert Zemeckis avec Jodie Foster et tiré du livre éponyme de l’astronome américain Carl Sagan (1934-1996). On le voit notamment dans cette scène.
Auparavant, Arecibo avait servi comme base secrète pour le James Bond Golden Eye en 1995. Il apparaît secondairement dans d’autres productions.
Depuis 2016, Arecibo avait perdu le titre de plus grand radiotélescope du monde après la mise en service du FAST chinois de 500 m qui exploite aussi le principe d’une vaste antenne fixe installée dans une cuvette naturelle.
Plus grave, l’observatoire de Porto Rico souffrait des outrages du temps. En 2017, l’ouragan Maria cause la chute sur son antenne d’un instrument situé sur la structure suspendue. En août 2020, un des câbles qui tiennent cette plateforme cède et détruit une zone d’une trentaine de mètres sur l’antenne principale en contrebas. En novembre, d’autres dégâts similaires se produisent.

Le radiotélescope d’Arecibo photographié le 7 novembre 2020. On remarque l’entaille dans son antenne de 305 m.
Crédit : NSF
La National Science Foundation (NSF) finit par annoncer ce que beaucoup redoutaient : le radiotélescope est jugé dangereux au point que sa réhabilitation n’est plus envisageable. Un communiqué du 19 novembre 2020 précise que l’installation sera donc démantelée. 5 jours plus tard, l’examen des câbles fait craindre aux ingénieurs un effondrement. Le 1er décembre à 7h55 heure locale, le diagnostic se concrétise puisque la plateforme instrumentale suspendue de 900 tonnes tombe sur l’antenne de 305 m. La NSF a indiqué que personne n’avait été blessé. En raison du danger, une zone de sécurité avait en effet été décrétée et les accès au site strictement limités.
La nouvelle qui tournait sur les réseaux sociaux le jour même de l’effondrement fut confirmée par le tweet ci-dessous de la NSF.
The instrument platform of the 305m telescope at Arecibo Observatory in Puerto Rico fell overnight. No injuries were reported. NSF is working with stakeholders to assess the situation. Our top priority is maintaining safety. NSF will release more details when they are confirmed. pic.twitter.com/Xjbb9hPUgD
— U.S. National Science Foundation (@NSF) December 1, 2020
Le tweet suivant montre de premières images de la catastrophe avec des vues aériennes réalisées par Dennis Vazquez.
Dennis Vazquez via Facebook: He took these pictures of the collapse of the Arecibo Observatory. You can see the debris and the remains of the platform and the Gregorian Dome. pic.twitter.com/xneOGSVFYi
— Wilbert Andrés Ruperto (@ruperto1023) December 1, 2020
Les clichés du média NotiCel (photographe Juan R. Costa) confirment l’ampleur des dégâts et la fin d’un géant.
Mira aquí la galería: https://t.co/Ri5zhPZZNb
— NotiCel (@noticel) December 1, 2020