• Exploration

Trump et la NASA, épisode 2

Publié le 14 novembre 2024

Avec le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump début 2025, des changements à la NASA sont attendus, notamment la nomination d’un nouvel administrateur et d’éventuelles modifications des priorités budgétaires.

Trump et la NASA, épisode 2

Donald Trump (à gauche) reçu à la Maison-Blanche par Joe Biden le 13 novembre dernier.
© White House

Le 13 novembre, le président des États-Unis Joe Biden recevait son successeur à la Maison-Blanche, Donald Trump. Le nouveau mandat de ce dernier commencera officiellement en janvier prochain, mais la transition du pouvoir se prépare déjà. Les deux hommes politiques ont, lors d’un bref échange publié sur le site officiel de la Maison-Blanche, souhaité qu’elle se déroule « en douceur« .

En sa qualité d’agence fédérale, la NASA est concernée puisqu’un changement de l’exécutif américain induit potentiellement une politique spatiale différente.

LES CHANGEMENTS INSTITUTIONNELS PRÉVISIBLES

Au cours de la campagne électorale, le patron de SpaceX Elon Musk a affiché son soutien à la candidature de Donald Trump, ce dernier ne manquant pas de le féliciter pour les réussites de son entreprise.
Si les priorités spatiales de la prochaine administration n’ont pas pour autant été clairement définies, l’agenda institutionnel l’est beaucoup plus, à commencer par le National Space Council.

J. D. Vance à la tête du National Space Council

Connu comme le National Aeronautics and Space Council de 1958 à 1973, il a été relancé sous sa forme actuelle en 1989 par le président Georges Bush avant d’être abandonné en 1993, puis réintroduit en 2017 lors du premier mandat de Donald Trump. Ce bureau exécutif du président des États-Unis qui comprend des secrétaires d’Etat élabore la politique spatiale américaine avec l’appui d’un groupe de conseillers formé de personnalités du monde astronautique. Ce National Space Council est traditionellement présidé par le vice-président des États-Unis. Après Kamala Harris, ce devrait donc être J. D. Vance, colistier de Donald Trump, qui y sera à la tête en janvier prochain.

Kamala Harris préside une session du National Space Council en 2021. En janvier, J. D. Vance assurera cette fonction.
© NASA/Joel Kowsky

Lorsqu’il était administrateur de la NASA de 2018 à 2021, Jim Bridenstine a initié avec l’agence le programme de retour sur la Lune Artemis.
© NASA/Bill Ingalls

Un nouvel administrateur pour la NASA

L’autre échéance institutionnelle est celle de la nomination d’un administrateur (ou administratrice) de la NASA. Ce poste est actuellement occupé par Bill Nelson, nommé par Joe Biden et ancien sénateur Démocrate de Floride. Les Républicains revenant à la Maison-Blanche, la logique de cette fonction redevenue très politique induit la démission de Bill Nelson, suivie d’une nomination. Faut-il s’attendre au retour de Jim Bridenstine, qui fut l’administrateur de la NASA du premier mandat de Trump ? Cette hypothèse a été avancée par plusieurs observateurs du spatial américain, sans toutefois aucune déclaration officielle en ce sens. L’idée s’appuie sur le fait que Bridenstine fut l’administrateur qui mit en route le programme de retour sur la Lune Artemis (continué sous Biden) et qu’il pourrait alors en reprendre les reines avec une expérience certaine. Mais est-ce un argument suffisant ?

Artemis : un effort supplémentaire ?

La naissance d’Artemis vient de la volonté de Donald Trump de voir une mission habitée américaine sur Mars lors de son second mandat, qu’il imaginait à l’époque dans la continuité immédiate de son premier. Après consultation, et sans réelle surprise, le retour sur la Lune a été démontré comme bien plus atteignable, avec cependant inscrit en son sein la logique Moon to Mars selon laquelle revenir sur notre satellite naturel prépare le grand voyage martien.

Priorités budgétaires (lunaires)

On rappellera, qu’au départ, la mission Artemis III (premier alunissage habité du programme) visait 2024, dernière année supposée d’un second mandat consécutif de Donald Trump. Aujourd’hui, 2026 est la nouvelle année de référence, même si le GAO (organisme du Congrès chargé de surveiller les finances publiques) a déjà averti que cette échéance était trop optimiste. Etant donné qu’il a été initié sous sa présidence, Donald Trump ne devrait pas remettre en cause Artemis et pourrait même faire tout pour que des astronautes NASA foulent le sol sélène avant la fin de son mandat actuel… et avant ceux de Chine. L’effort nécessaire pourrait se traduire par de nouvelles priorités budgétaires mettant encore plus l’accent sur la Lune. Le milieu scientifique américain a déjà exprimé sa crainte qu’une telle volonté ne se traduise par une réduction des ressources de la NASA consacrées à l’observation de la Terre, l’étude du climat ou encore les missions robotiques d’exploration planétaire.
La société SpaceX d’Elon Musk qui est chargée de fournir l’atterrisseur lunaire pour (au moins) Artemis III via une version spécifique de son Starship pourrait-elle alors en bénéficier ?

Image d’artiste du Starship de SpaceX dans sa version spécifique conçue pour servir d’atterrisseur lunaire au programme Artemis de la NASA. L’illustration est déjà ancienne et ne reflète donc pas les évolutions les plus récentes.
© SpaceX

Trump et Musk : jusqu’à quand ?

La réponse simple, voire simpliste, à cette question s’appuie sur l’opposition souvent médiatisée entre le lanceur lunaire SLS (Space Launch System) de la NASA présenté comme «à l’ancienne» et trop cher (2 milliards de dollars ou plus le vol selon des rapports officiels) et le Starship de SpaceX intégralement réutilisable et qui annonce des coûts d’exploitations tellement bas qu’ils en sont révolutionnaires (si tout fonctionne comme prévu).
Que le Starship puisse faire autre chose que servir d’atterrisseur lunaire pour prendre carrément la place du SLS fut ainsi plusieurs fois avancé, non sans arrières-pensées politiques.

Elon Musk au centre spatial Kennedy en Floride le 30 mai 2020, après le lancement réussi de la mission Demo-2 de SpaceX vers l’ISS dans le cadre du Commercial Crew Program de la NASA (premier vol habité d’une capsule Crew Dragon).

© NASA/Bill Ingalls

Conflit d’intérêts ?

Et à ce titre, Elon Musk devrait diriger avec Vivek Ramaswamy (ex-candidat Républicain à la présidence) le DOGE (Department Of Government Efficiency), organisme chargé de restructurer les agences fédérales selon une approche affichée de démantèlement de la bureaucratie et de réduction importante des budgets. Si la solution pour Artemis consiste à confier au privé encore plus d’aspects du programme lunaire afin de générer des économies, Elon Musk risque de se retrouver juge et partie en sa qualité de patron de SpaceX. Cette situation pourrait s’avérer compliquée et même contraire au droit américain.

De plus, Donald Trump ne verra-t-il pas au bout d’un moment en Elon Musk un potentiel concurrent en terme de popularité ? Jusqu’où alors le président continuera-t-il à renvoyer l’ascenseur au patron de SpaceX ? Mais ici, nous entrons complètement dans le domaine de la politique et quittons celui du spatial.

Articles sur le même thème

La Cité de l’espace en ligne

Nos ressources et actualités spatiales