Commentant le canular de The Sun quelques décennies plus tard, notamment dans son livre «Les Terres du Ciel», l’astronome français Camille Flammarion ne manqua pas d’expliquer qu’aucun instrument ne permettait d’observer des êtres vivants sur la Lune. Mais pour lui, cela montrait aussi qu’on ne pouvait pas affirmer avec certitude que notre satellite naturel était dépourvue de vie.
©Olivier Sanguy (collection personnelle)/Domaine public/Cité de l’espace
SENSATIONNALISME OU SATIRE ?
Quelles étaient les motivations de ce canular ? Augmenter les ventes de The Sun a souvent été évoqué, mais la façon dont sont rédigés les articles laisse aussi penser que l’auteur a voulu faire œuvre de satire afin de se moquer des publications sur l’astronomie affirmant que la vie pouvait être présente sur la majorité, si ce n’est la totalité, des corps célestes. Et il est vrai qu’à l’époque, le cas de la vie en dehors de la Terre était loin d’être tranché par la communauté scientifique. Si de plus en plus de savants avançaient un statut très probablement unique pour notre planète au regard du vivant, d’autres, y compris de grands noms, estimaient que les autres mondes du Système solaire pouvaient accueillir des créatures qui leur étaient propres. Un débat qui se prolongea encore quelques décennies. L’astronome français Camille Flammarion (1842-1925) a ainsi maintes fois défendu ce qu’il appelait «La Pluralité des Mondes Habités», du titre de son ouvrage de 1862. Soulignons que, même si Camille Flammarion est né en 1842, soit 7 ans après les articles de The Sun, il y fait référence. Tel est le cas dans «Les Terres du Ciel» de 1877 (soit 42 ans après les faits !) où il revient sur les habitants sélènes ailés du quotidien new-yorkais qu’il attribue selon ses mots à «un publiciste de bonne humeur».

