• Lune

Chang’e 6: Découvertes sur l’activité volcanique de la face cachée

Publié le 03 décembre 2024

Les premières analyses des échantillons de la sonde chinoise Chang’e 6 ramenés ce printemps de la face cachée de la Lune laissent penser que l’activité volcanique y a duré plus longtemps qu’on le pensait.

Chang’e 6: Découvertes sur l’activité volcanique de la face cachée

La mission chinoise Chang’e 6, est revenue en juin dernier. Elle a rapporté sur Terre les premiers échantillons de la face cachée de la Lune. Plus de 2kg de régolithe et de roches lunaires. Les premières analyses des échantillons montrent la présence de basalte datant de 2,83 milliards d’années. Cette roche volcanique témoigne d’une activité volcanique plus récente qu’on ne le pensait sur cette face mystérieuse de notre satellite naturel.

La Pierre de Lune prêtée par la NASA, exposée à Quai du Système solaire de la Cité de l’espace.

Jusqu’ici les analyses des échantillons revenus de la face visible, semblaient indiquer que le volcanisme lunaire avait cessé il y a plus de 3 milliards d’années.

© Cité de l’espace

Un volcanisme plus long qu’imaginé

Des éruptions tardives sur la face cachée

Jusqu’à présent, les scientifiques pensaient que le volcanisme lunaire avait globalement cessé il y a environ 3 milliards d’années. Cette estimation reposait sur l’analyse des échantillons lunaires rapportés par les missions américaines Apollo et soviétiques Luna, qui s’étaient concentrées sur l’exploration de la face visible de la Lune. La découverte de basalte datant de 2,83 milliards d’années par la mission Chang’e 6, qui a atterri dans le bassin Pôle Sud-Aitken sur la face cachée, repousse donc la date limite du volcanisme lunaire. Les conclusions de ces analyses ont été publiées par l’équipe de Zexian Cui de l’Institut de géochimie de Guangzhou de l’Académie des sciences de Chine dans la revue Science. Cela signifie que des volcans étaient encore en éruption sur la face cachée de la Lune à une époque où l’on pensait que l’activité volcanique avait déjà cessé sur la face visible. Cette découverte suggère que l’histoire volcanique de la Lune est plus complexe et plus longue qu’on ne le pensait.

Le 2 juin, un bras robotique a effectué les prélèvements pour ensuite les déposer dans la section supérieure de l’atterrisseur Chang’e 6.

© CNSA

Deux faces, deux compositions chimiques

L’analyse du basalte de Chang’e 6 révèle une autre surprise : sa composition chimique diffère de celle des laves de la face visible

Chang’e 6 s’est posé dans le cratère Apollo. Rien à voir avec les missions du même nom, il s’agit d’un des nombreux cratères du bassin d’impact Pôle Sud-Aitken. « La face cachée et la face visible sont relativement asymétriques » nous expliquait Pierre-Yves Meslin, le responsable scientifique de la mission Dorn à l’IRAP, l’instrument français installé sur l’alunisseur chinois, quelques semaines avant le décollage. « Il y a des différences en termes de composition chimique, de géophysique et dans l’hémisphère sud de la face cachée, il y a le bassin Pôle Sud-Aitken, qui, dans l’histoire primitive de la Lune, a permis d’excaver des roches du manteau. Et en allant récolter des échantillons dans cette région-là, on espère pouvoir à la fois récolter des fragments de roche qui proviennent des hauts plateaux et des roches du manteau. En effet, l’analyse des échantillons par les équipes de l’Institut de géochimie de Guangzhou montre que le magma à l’origine du basalte de la face cachée provient d’une source mantellique pauvre en éléments qu’on regroupe sous l’acronyme KREEP. Il s’agit de potassium, d’éléments de terres rares et de phosphore. Ces éléments sont abondants dans les laves de la face visible. Les scientifiques pensent que l’impact géant qui a formé le bassin Pôle Sud-Aitken, pourrait en être la cause. Cet impact, qui s’est produit il y a plus de 3,9 milliards d’années, a été si puissant qu’il a pu redistribuer les matériaux lunaires. Il pourrait ainsi avoir déplacé des matériaux riches en KREEP vers la face visible, laissant un manteau appauvri en KREEP sous la face cachée.

L’analyse des isotopes des basaltes montrent une faible présence de potassium, phosphore et terres rares. Des éléments pourtant très présents sur la face visible.

© Institut de géochimie de Guangzhou

Articles sur le même thème

La Cité de l’espace en ligne

Nos ressources et actualités spatiales