• Vols habités

Butch Wilmore et Suni Williams : un retour sans Starliner

Publié le 27 août 2024

Starliner de Boeing à l’aller, mais Crew Dragon de SpaceX au retour pour Butch Wilmore et Suni Williams. Une décision prise pour éviter tout risque inutile et qui rallonge de plusieurs mois la mission des deux astronautes de la NASA.

Butch Wilmore et Suni Williams : un retour sans Starliner

Retour de la capsule Starliner prévu le 7 septembre

Désamarrage de la Station spatiale internationale prévu le 7 septembre à 00h04

(Mise à jour du 30 août 2024) LA capsule va mettre six heures à atteindre la Terre

Le 29 août, la NASA et Boeing ont annoncé que le retour de la capsule Starliner n’aurait pas lieu avant le 6 septembre 2024 à 18h04, heure de l’est des Etats-Unis. Avec le décalage horaire, cela correspond au 7 septembre à 00h04, heure de Paris. Après le désamarrage, la capsule va mettre six heures pour atteindre sa zone d’atterrissage de White Sands au Nouveau Mexique. L’atterrissage est donc prévu à 6h03, heure de Paris. 

Le 5 juin dernier, la capsule Starliner de Boeing décollait de Floride pour son premier vol habité. Le lendemain, elle s’amarrait à la Station Spatiale Internationale (ISS). Un problème sur les propulseurs constaté lors de la manœuvre d’approche entraîna plusieurs reports successifs du retour.
Le samedi 24 août, au cours d’une conférence de presse, la NASA a annoncé que l’équipage du Starliner (les astronautes Butch Wilmore et Suni Williams) ne reviendrait pas à bord de la capsule de Boeing, mais en février 2025 à bord d’une Crew Dragon de SpaceX.

Retour sur cette décision et explications

C’est lors de cette conférence de presse de la NASA du 24 août au centre Johnson à Houston que la NASA a annoncé que Butch Wilmore et Suni Williams ne reviendront pas à bord de la capsule Starliner de Boeing.
©NASA

La capsule Starliner exemplaire S3 baptisée Calypso amarrée à la Station Spatiale Internationale.

©NASA

La sécurité des astronautes avant tout

C’est bien le dysfonctionnement de 5 propulseurs sur 28 qui est au cœur de la décision de la NASA de ne pas faire revenir ses astronautes, Butch Wilmore et Suni Williams, à bord du Starliner, le vaisseau de Boeing qui leur a servi à rejoindre l’ISS. Le risque identifié réside dans le fait qu’un dysfonctionnement additionnel de ces propulseurs puisse empêcher la capsule de rentrer correctement dans l’atmosphère (angle, vitesse, orientation, etc.).

Des tests au sol mené par Boeing avec des propulseurs de même type (fournis par Aerojet Rocketdyne) ont permis de repérer un problème sur un joint en téflon. L’utilisation intensive des propulseurs lors de l’approche (de multiples sollicitations sont nécessaires afin de procéder aux corrections de trajectoire) semble avoir causé une dilatation de ce joint au point que le flot d’ergols est gêné et diminue la performance des moteurs. Les équipes de Boeing ont affiché leur confiance dans le fait de ramener les astronautes avec leur capsule, mais la NASA a aussi noté qu’il subsistait des incertitudes, d’où sa décision qu’elle a résumé ainsi : «Le retour sans équipage permet à la NASA et à Boeing de continuer à recueillir des données de test sur Starliner lors de son prochain vol de retour, tout en n’acceptant pas plus de risques que nécessaire pour son équipage».

8 mois au lieu de 8 jours

La mission Boe-CFT (pour Boeing Crew Flight Test, soit vol d’essai avec un équipage) avait en effet été annoncée pour une semaine au départ. Cela ne constituait pas pour autant une limite. Ainsi, lors du vol d’essai Demo-2 de la capsule Crew Dragon de SpaceX en 2020, la durée de la mission fut au final de presque 64 jours. Un amarrage prolongé du vaisseau donne l’occasion de mieux étudier la façon dont il résiste concrètement aux dures conditions orbitales (fortes différences de température entre la partie à l’ombre et au jour, radiations, bombardement de micrométéorites, tenue des batteries, etc.).
Le prolongement de la mission Boe-CFT au-delà des 8 jours n’est donc pas une surprise. En revanche, la décision de ne pas faire revenir sur Terre le Starliner avec Butch Wilmore et Suni Williams implique que ces deux astronautes doivent attendre la conclusion de la prochaine relève d’équipage de l’ISS pour revenir sur Terre, donc février 2025 (voir paragraphe Un équipage modifié pour Crew-9).

Suni Williams et Butch Wilmore (à gauche et à droite en bas avec une combinaison bleue) ont rapidement intégré l’Expédition 71, l’équipage de la Station Spatiale Internationale.
©NASA 

Un moral au beau fixe

La NASA a précisé que le moral de Wilmore et Williams était excellent. Tous deux ont affiché leur plaisir de retrouver l’ISS à bord de laquelle ils ont séjourné (séparément) lors de leurs deux missions précédentes, occupant même la fonction de commandant. Les deux astronautes connaissent aussi les vols de longue durée de plusieurs mois. Butch Wilmore est resté 167 jours dans l’ISS en 2014-2015 et Williams bénéficie en la matière d’une double expérience avec 194 jours en 2006-2007 et 126 jours en 2012.
Un séjour de 8 mois sur orbite est une durée aujourd’hui bien maîtrisée sur le plan médical. De plus, Wilmore et Williams ont suivi un entraînement en conséquence puisque la prolongation de leur mission était une éventualité. Enfin, le duo s’est intégré à l’Expédition 71, l’équipage de l’ISS, en participant à l’entretien de la station et en aidant à mener des expériences scientifiques.

Des problèmes d’approvisionnement ?

Que ce soit pour les vivres, l’eau, l’oxygène et autres besoins, l’ISS a toujours de l’avance en matière de stock à bord. Les ravitaillements par cargos automatiques étant réguliers, les ajustements nécessaires ont été réalisés sur le fret amené là-haut.

Butch Wilmore et Suni Williams participent à l’entretien de la station et à ses expériences scientifiques. Avec le départ du Starliner, ils feront partie de l’Expédition 72 jusqu’en février 2025.
©NASA

Le départ du Starliner en automatique

L’ISS est équipée de deux ports d’amarrage dédiés aux nouveaux vaisseaux américains. Actuellement, l’un sert pour la capsule Crew Dragon Endeavour (Crew-8) de SpaceX et l’autre pour la Starliner (baptisée Calypso) de Boeing. Pour que la relève côté américain arrive (vol Crew-9 avec la Crew Dragon Freedom), l’un des deux ports d’amarrage doit être libéré.

Le principe retenu est que Starliner quittera la station en automatique et reviendra sur Terre sans équipage. La capsule de Boeing avait réussi cette manœuvre lors de son vol d’essai en automatique Boe-OFT- 2 de mai 2022. Le vaisseau de Boeing avait de plus accompli avec succès une rentrée atmosphérique lors du précédent vol d’essai en automatique Boe-OFT de décembre 2019 (la capsule n’avait alors pas rejoint l’ISS).
On remarque qu’avant l’arrivée de Crew-9, Butch Wilmore et Suni Williams se retrouvent théoriquement sans vaisseau pour évacuer l’ISS en cas d’urgence (Starliner restait qualifiée pour une telle évacuation). La NASA a indiqué que des modifications sur la Crew Dragon Endeavour (Crew-8) permettront d’accueillir Wilmore et Williams en plus des 4 astronautes de Crew-8 en cas d’urgence.

Un équipage modifié pour Crew-9

Crew-9 est un vol mené par SpaceX pour le compte de la NASA dans le cadre du Commercial Crew Program. Il s’agit de mener la relève de l’équipage de la station avec les moyens américains, ce qui se produit environ tous les 6 mois (par exemple, Thomas Pesquet a accompli sa deuxième mission, Alpha, lors du vol Crew-2).

Mise à jour du 30 août

La NASA a précisé le 30 août que les deux astronautes retenus pour Crew-9 étaient l’Américain Nick Hague et le Russe Alexandre Gorbunov.

Initialement, Crew-9 comptait 4 membres d’équipage. Il y avait ainsi pour la NASA : Zena Cardman (commandante), Nick Hague (pilote) et Stephanie Wilson (spécialiste de mission). Le quatrième passager était Alexandre Gorbunov de l’agence spatiale russe Roscomos au titre d’un «échange de siège» (par réciprocité un ou une astronaute de la NASA part vers l’ISS sur Soyouz).
Le Starliner quittant l’ISS en mode automatique, il faut assurer le retour de Butch Wilmore et Suni Williams. Ce sera donc le nouveau rôle assigné à Crew-9. En conséquence, la Crew Dragon Freedom décollera au plus tôt le 24 septembre (au lieu de fin août) avec seulement 2 personnes à bord. La NASA a indiqué le 30 août qu’elle avait retenu son astronaute Nick Hague et le Russe Alexandre Gorbunov de Roscosmos. La présence du Russe assure la continuité du principe d’échange de sièges entre la NASA et Roscosmos.
Bien évidemment, les deux places libres à l’aller serviront au retour de Wilmore et Williams. Crew-9 leur apportera de plus 2 combinaisons supplémentaires spécifiques au vaisseau de SpaceX.

L’équipage d’origine de la Crew Dragon Freedom pour Crew-9 vers l’ISS. De gauche à droite : Stephanie Wilson, Nick Hague, Alexandre Gorbunov et Zena Cardman. Pour assurer un retour de Wilmore et Williams en Crew Dragon en février prochain, seuls les deux astronautes au centre partiront.
©SpaceX

La NASA veut-elle toujours la capsule de Boeing ?

Même si la NASA a décidé que le Starliner ne reviendra pas sur Terre avec ses astronautes, elle a souligné à plusieurs reprises sa volonté de voir Boeing réussir à résoudre les problèmes de son vaisseau. Lors de la conférence de presse du 24 août, le directeur du Commercial Crew Program de la NASA Steve Stich a qualifié le Starliner de «vaisseau spatial très performant». Plusieurs responsables de l’agence, dont son administrateur Bill Nelson, ont répété leur confiance dans le fait que Boeing surmontera les difficultés de cette mission afin de faire du Starliner un engin pleinement opérationnel. Responsable du directorat des missions spatiales de l’agence, l’astronaute Ken Bowersox a ainsi déclaré que les données récoltées permettront d’«améliorer le système pour les futurs vols vers la station spatiale».

Au final, ce soutien affiché à Boeing est en phase avec le principe du Commercial Crew Program de la NASA qui a constamment été de disposer à terme de deux prestataires privés capables de réaliser des vols habités vers l’ISS et retour. Ceci afin de maintenir une concurrence tarifaire et garantir qu’un véhicule reste disponible si un problème technique sur l’autre demande du temps pour le résoudre. Il s’agit en effet de donner aux États-Unis une robustesse additionnelle en matière d’autonomie pour les vols habités. La NASA veut donc toujours du Starliner, mais il devra avant tout répondre à ses exigences.

Articles sur le même thème

La Cité de l’espace en ligne

Nos ressources et actualités spatiales