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Ariane 6 : l’Europe réussit son retour dans l’espace

Publié le 10 juillet 2024

Première mission réussie pour le nouveau lanceur européen Ariane 6. Après le décollage, la séparation des boosters et de la coiffe, l’étage supérieur a allumé plusieurs fois son moteur Vinci. Les nanosats ont été relâchés. Mais, les deux capsules n’ont pas pu être libérées.

Ariane 6 : l’Europe réussit son retour dans l’espace

C’était le vol le plus attendu de l’année. Le vol inaugural d’Ariane 6 qui devait permettre sa qualification pour les futurs vols commerciaux. Il faut dire que le carnet de commande du nouveau lanceur européen est déjà bien rempli. Après un décollage réussi, Ariane 6 a passé avec succès toutes les étapes de ce lancement jusqu’à la libération des 9 nanosatellites qui composaient l’essentiel des charges utiles. C’était le principal objectif de la mission. Toutefois, une défaillance lors du rallumage de l’APU, le propulseur d’attitude, a fait dévier l’étage supérieur. Cette anomalie n’a pas permis d’allumer une troisième fois le moteur Vinci, ni de placer l’étage supérieur dans une bonne position pour permettre sa rentrée dans l’atmosphère et la libération des deux capsules de démonstration. Un léger bémol qui ne remet pas en cause le succès du décollage

Le portique mobile a commencé à se retirer dès le lever du jour à Kourou.
© ESA

Des préparatifs réussis

La séquence de lancement a commencé bien avant le décompte final

C’est la météo, particulièrement favorable, qui a permis dès le lever du jour, à Kourou, d’activer le retrait du portique mobile. Ce monstre de métal de 8200 tonnes et de 89m de haut monté sur rails a mis plusieurs minutes pour parcourir les 140 m qui lui permettent de libérer Ariane 6. Ce portique sert à la fois de bâtiment d’assemblage final à la verticale pour le corps central, les boosters et la coiffe. Il sert aussi à protéger le lanceur jusqu’à quelques heures du décollage.

On fait le plein 4h avant

Ensuite, quatre heures avant le lancement, le remplissage des réservoirs a commencé. Un total de 180t d’oxygène liquide à -180° et d’hydrogène à -253° a été chargé dans les quatre réservoirs. Ariane 6 en compte deux dans l’étage inférieur pour alimenter le moteur Vulcain 2.1 et deux, plus petits, dans l’étage supérieur, pour alimenter le moteur Vinci. Enfin, cinq minutes avant le lancement, la séquence synchronisée a débuté. Il s’agit d’une séquence entièrement automatisée des opérations jusqu’au décollage.

Décollage nominal

A 21h, Ariane 6 a quitté le pas de tir sans problème

Le décollage devait avoir lieu à 20h. Il a finalement été repoussé à 21h. La faute à un dysfonctionnement mineur des systèmes d’acquisitions des données. Le problème a été rapidement identifié et résolu, mais a entraîné ce léger report. A partir de H-0, seulement sept secondes après le moteur Vulcain 2.1, les bras cryogéniques se sont écartés et les boosters P120C se sont allumés pour assurer l’essentiel de la poussée d’Ariane 6. Le lanceur s’est envolé, provoquant l’enthousiasme des 4000 personnes réunies à la Cité de l’espace devant un écran géant. Après 2 mn 15 s de vol, les boosters se sont séparés. Une étape qu’on a suivie grâce aux caméras embarquées sur la fusée. Une minute plus tard, c’est la coiffe qui s’est ouverte, découvrant les charges utiles. Puis 8 mn après le décollage, le moteur Vulcain s’est éteint, l’étage supérieur s’est séparé et le moteur Vinci s’est allumé puis éteint après 18 mn de vol.

Le rallumage du moteur Vinci et le déploiement des charges utiles

Mais allait-il se rallumer ? Le succès de la mission en dépendait. Après 56 mn, la commande de rallumage a parfaitement fonctionné. Puis, quelques minutes plus tard, les quatre déployeurs ont pu libérer les neuf Cubesats, validant le succès de la mission.

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À 21h, 7 secondes après l’allumage du moteur Vulcain, les boosters P120C se sont allumés et Ariane 6 s’est envolée.

© ESA / CNES / ArianeGroup / Arianespace

Revivez le lancement d’Ariane 6 en vidéo

Le nouveau lanceur européen a quitté le site de lancement EL4 à Kourou en Guyane à 21h le 9 juillet heure de Paris pour son vol inaugural.

En haut à droite de cette image de télémesure, on peut s’apercevoir que la trajectoire de l’étage supérieur est très légèrement en dessous de ce qui était prévu, ce qui n’a pas permis de relâcher les capsules.

© ESA / CNES / ArianeGroup / Arianespace

L’APU imprévu

La dernière phase de démonstration n’a pas pu être réalisée à cause d’une défaillance de ces propulseurs d’attitude

Après la libération des CubeSats, commençait une phase de démonstration. Il s’agissait de rallumer l’APU, les propulseurs qui corrigent l’attitude de l’étage supérieur. Cet APU est une autre innovation d’Ariane 6 qui lui permet de manœuvrer plus facilement entre différents plans de l’orbite. « Il s’agissait de comprendre comment l’étage supérieur se comportait en micro-gravité », indique Martin Sion d’ArianeGroup. « À un moment, nous avons rallumé l’APU, il s’est rallumé, puis s’est arrêté. Et nous ne savons pas pourquoi. Nous allons l’étudier quand nous aurons toutes les données ». Le moteur Vinci qui devait effectuer un troisième boost n’était alors plus dans de bonnes conditions pour se rallumer. L’étage devait, en effet, se positionner de manière à effectuer une rentrée atmosphérique et relâcher deux capsules qui devaient finir leur course dans l’Océan Pacifique afin de tester leurs boucliers thermiques. 

La passivation de l’étage supérieur

N’étant pas en position pour effectuer un retour sur Terre, ces capsules risquaient de devenir des débris supplémentaires. L’étage supérieur a donc été passivé pour ne pas créer un danger pour les satellites qu’il pourrait croiser. « Nous avons un événement, mais tout le reste de la mission a suivi le plan à la lettre. Donc c’est dommage, mais c’est aussi la raison pour laquelle nous faisons des démonstrations en vol parce que c’est quelque chose que nous ne pouvons pas réaliser au sol » a conclu Martin Sion. Un dysfonctionnement qui ne remet en rien l’immense succès de cette mission de l’avis de tous les responsables d’Ariane 6.

L’Europe est de retour dans l’espace

Les dirigeants du spatial européen n’ont pas caché leur soulagement et leur fierté

« C’est un moment historique. Le vol inaugural d’un lanceur lourd n’arrive pas tous les ans. Aujourd’hui, nous avons lancé Ariane 6 avec succès et c’est une grande étape » a réagi Josef Aschbacher le directeur général de l’ESA en conférence de presse. « Donc l’Europe est de retour ». Il faut dire que la réussite de ce lancement n’était pas garantie. « Avant le décollage, quand on me demandait “Comment vous sentez vous ?”, je répondais que j’étais confiant à 96% et très stressé à 4% » a confié Tony Tolker Nielsen l’actuel directeur du transport spatial à l’ESA. « Mais je crois que je mentais un peu. Maintenant, tout ce stress s’est transformé en émotion et nous sommes très très heureux ». Le président du CNES, Philippe Baptiste a tenu à féliciter toutes les équipes qui ont travaillé dur pour permettre ce décollage. « C’est un jour très important parce que nous parlons là de la souveraineté de l’Europe, de l’accès européen à l’espace. Vous n’êtes pas un acteur du spatial si vous n’avez pas accès à l’espace, donc c’est grand succès ». Pour Caroline Arnoux, la directrice du programme Ariane 6 chez Arianespace, ce moment était aussi très attendu par les clients qui font confiance à Ariane. « Grâce à ce succès, nous allons pouvoir les servir. Nous avons beaucoup de clients qui attendaient Ariane 6 et maintenant, Ariane 6 est là », s’est-elle réjouie. D’ailleurs, Stéphane Israël, le PDG d’Arianespace a déjà l’esprit tourné vers le prochain lancement qui doit permettre de lancer le satellite d’observation militaire CSO-3. « Ce qui a été réalisé ce soir nous permet de préparer à pleine vitesse le prochain lancement. Nous avons un objectif qui nous motive qui est de faire un second lancement d’ici à la fin de l’année ».

En conférence de presse, les responsables de l’ESA, du CNES, d’ArianeGroup et d’Arianespace ont fait part de leur soulagement après ce lancement réussi.

© ESA / CNES / ArianeGroup / Arianespace

La « surprenante décision » d’EumetSat

La conférence de presse a aussi été l’occasion de revenir sur le désengagement d’EumetSat qui a choisi, le 27 juin, que contrairement à ce qui était prévu, son prochain satellite MTG-S1 ne partirait plus avec le lanceur européen, mais avec une fusée Falcon 9 de SpaceX. Une décision alors qualifiée de « surprenante » par Josef Aschbacher sur X (ex-Twitter). « Les 18 premières minutes du lancement d’Ariane 6 auraient été suffisantes pour lancer un satellite comme ceux d’EumetSat » a précisé Stephane Israël, pour qui cette première phase du lancement était similaire à un lancement d’Ariane 5. « Quand vous voyez tous les efforts qui ont été fournis par les États membres pour avoir un accès autonome à l’espace, les efforts menés au niveau industriel pour faire de ce programme ce qu’il est aujourd’hui, ça aurait du sens que les charges utiles institutionnelles, en Europe, soient lancés par des lanceurs européens quand ils sont disponibles » s’est étonné Martin Sion le chef exécutif d’ArianeGroup. « Et désormais, Ariane 6 est disponible ».

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