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Philippe Perrin, un destin vers les étoiles

Publié le 29 mai 2024

Dans son livre, “En apesanteur”, l’astronaute Philippe Perrin décrit son parcours jusqu’à sa mission STS-111 et ses trois sorties extra véhiculaires pour assembler l’ISS. Un récit sans fard pour transmettre son expérience aux prochaines générations d’astronautes français et européens.

Philippe Perrin, un destin vers les étoiles

Il a voulu témoigner et tout dire de son expérience. Ce livre, Philippe Perrin l’a écrit seul. « Je l’ai écrit moi-même. J’ai vraiment tenu un discours de sincérité » précise l’astronaute Français qui place cette autobiographie sous le patronage d’une citation de Chateaubriand : « Un voyageur […] ne doit rien inventer, mais aussi, il ne doit rien omettre ». Alors Philippe Perrin dit tout de ses convictions, de ses douleurs, de ses doutes parfois et de son amour pour sa femme et ses enfants. L’astronaute raconte cette vie qui, pas à pas, semble le mener irrémédiablement vers les étoiles. Il se confie aussi sur ses six années aux Etats-Unis. Une Amérique qui fascine autant qu’elle révulse ce Français, né au Maroc, si fier de son pays et de ses valeurs. Il confie aussi ses contradictions, lui qui regrette autant le manque de médiatisation de cette incroyable mission d’assemblage de la Station spatiale internationale, qu’il chérit aujourd’hui sa tranquillité.

« Tout ce que j’ai fait dans ma vie m’a préparé à devenir astronaute » écrit Philippe Perrin dès les premières pages.

© NASA

Tout était écrit

Sa vie romanesque semble le conduire inexorablement vers l’espace

Est-ce une relecture à postériori ou une incroyable succession de signes et de coïncidences ? Philippe Perrin y voit un destin. « Tout ce que j’ai fait dans ma vie, m’a finalement préparé à devenir astronaute, comme si tout avait été quelque part… écrit ? » peut-on lire alors qu’il découvre que son passé d’instructeur de plongée est un formidable atout pour les entrainements en piscine. « Dès l’adolescence, je me voyais redescendre dans l’atmosphère en vaisseau spatial. C’était associé à une musique, Dreamer de Supertramp », raconte l’astronaute Français. « Au moment où je vole, je m’aperçois que j’ai oublié le disque. Mais mon commandant de bord, a le CD de Supertramp et il le passe alors qu’on travaille avec le bras robotique. Au moment où je l’entends, je me dis “Mais bien sûr !” ».

 

Dans un cockpit pour partir dans l’espace

C’est avec l’objectif de devenir astronaute qu’il entre dans l’armée de l’air. « Dans les pas de Saint-Ex » écrit celui qui est devenu depuis ambassadeur de la Fondation Saint-Exupéry pour la jeunesse. « Tout le monde riait un peu parce que c’est quand même arrogant de dire “Je vais être pilote de chasse et astronaute” ». Devenu pilote d’essai, c’est cette compétence qui va le conduire d’abord en Russie pour le projet de navette européenne Hermès, puis aux États-Unis. Il reçoit le dossier très tard et le remplit en une nuit. Celui qui semble y croire plus que les autres, c’est son grand-père. Alors qu’il est dans la navette américaine, il reçoit un courrier de sa femme, écrit à l’avance pour préserver le moral de l’équipage. « Elle m’envoie la photo de mon grand-père dans l’espace pour me rappeler que lui y croyait ».

Le décollage d’Endeavour STS-111. « L’accélération que je ressens est continue, ce qui ne correspond en rien à ce que j’ai connu en termes de sensations sur un avion d’arme » assure Philippe Perrin
© NASA

Philippe Perrin, Paul S. Lockhart, Kenneth D. Cockrell et Franklin R. Chang-Diaz

© NASA

En quête de grandeur

Pour Philippe Perrin, le risque n’est acceptable que s’il est au service d’une cause plus grande que soi

C’est aussi le récit d’un pied-noir né au Maroc qui a une certaine idée de la France et de ses valeurs. A Houston, toutes ses journées commencent par la Marseillaise lue sur son ordinateur. Une habitude qui plait à ses collègues Américains. « Ils aiment beaucoup les gens qui sont fiers de leur drapeau » commente Philippe Perrin. Un drapeau tricolore qu’il va jusqu’à se faire dessiner sur la fesse avec les mots “Vive la France” à côté de la cible prévue pour lui injecter un anti vomitif lors du décollage de son vol STS-111. Il ressent autant d’attirance que de répulsion à l’égard des Américains qu’il côtoie pendant six ans. « Au départ c’est la force, c’est l’accueil, puis on comprend que c’est un accueil condescendant, que c’est une force qui est un peu égoïste et que c’est un système qui divise pour régner », témoigne-t-il. « Je suis dur parce que je les connais, je les aime et que je les respecte ».

Du risque pour donner de l’intensité à la vie

Pilote de chasse, il perd des frères d’armes, en entraînement comme sur le théâtre des opérations dans le Golfe. La mort rôde autour de lui. « On n’est pas pilote de chasse sans perdre des amis », explique-t-il. « Il y a beaucoup de tabous autour de ça, on n’en parle jamais. C’est la vie du pilote de chasse et c’est ce qui fait aussi la beauté du métier ». Lui-même doit s’éjecter lors d’un vol en mirage dont il gardera des douleurs au dos. « Je m’éjecte et je me dis, est-ce que ce risque-là en valait la chandelle. Le risque n’a de sens que s’il est sacrificiel, c’est-à-dire pour une cause plus grande que soi. » Cette cause, c’est l’exploration spatiale, la grandeur de la France, une foi en Dieu qu’il évoque régulièrement aussi**.** « Sur navette, il n’y a il n’y a pas de secours » ajoute Philippe Perrin. « On sait avant de partir qu’on a une chance sur cent de ne pas revenir. Et donc, à cette époque, pour partir, on devait avoir l’assurance que ce qu’on faisait était grand ».

« Quel est le sens de ce voyage que je vais faire autour de la Terre au péril de ma vie ? Est-ce une quête collective ou personnelle ? Est-ce juste un tour de manège supplémentaire et dispendieux ou la participation à un projet qui me dépasse et structure le devenir de l’homme ? »
© NASA 

En 14 jours de mission, Philippe Perrin a fait trois sorties extra véhiculaires pour un total de 20h dans le vide spatial. 

© NASA

Pour l’amour des siens

Philippe Perrin n’a fait qu’une seule mission de 14 jours et n’était pas fait pour les missions longues

C’est lorsqu’il passe un test psychologique, en Russie, qu’un pan de sa personnalité est révélé. « Ils font un test de Rorschach (le test des taches d’encre), et ils arrivent exactement à voir qui je suis » s’étonne l’astronaute. « Je suis un mec hyper vaillant. Mais j’ai un gros défaut, je suis amoureux de ma femme, je ne peux pas vivre sans elle, et mes enfants et mes amis. Donc, je suis “affectivement dépendant” ». C’est une des raisons qui l’ont conduit à ne faire qu’un seul vol de 14 jours. « J’ai fait un très beau vol. Franchement, je crois qu’on n’a jamais donné un vol aussi complexe à un débutant sur un premier vol, trois sorties extra véhiculaires sur une mission de quatorze jours. J’étais un ingénieur de bord au décollage, ingénieur de bord pendant la phase de rendez-vous, et je pilotais le bras robotique. J’ai participé à l’assemblage de la station, j’ai passé près de 20h en scaphandre. »

Être un bon astronaute et un bon père

Mais Philippe Perrin assure qu’un vol de six mois, comme ceux de Thomas Pesquet ne l’aurait pas tenté. « Je n’étais pas fait pour ça ». Pourtant, lorsqu’on accueille sa promotion d’astronautes à Houston, on leur assure qu’ils sont la génération qui ira sur Mars. Un voyage autrement plus long que six mois dans l’ISS. C’est d’ailleurs parce que la NASA a cette ambition pour cette promotion qu’ils vont leur faire rencontrer Neil Armstrong. Cet échange ne va que renforcer la conviction de Philippe Perrin de prendre soin des siens. « Il vient nous donner un témoignage de vie. Il parle très peu de la Lune, parce qu’il estime qu’on doit en savoir assez. Par contre, il nous parle de sa famille. Il nous dit “Ce qui fait un astronaute, c’est l’époux ou l’épouse ». C’est notamment ce qui va ensuite le pousser, à son retour de mission, à rentrer en France, pour donner une éducation européenne à ses enfants, permettre à son épouse Cécile de reprendre sa carrière, qu’elle avait mise entre parenthèses pendant six ans, s’installer à Toulouse. Lui qui regrettait le manque de médiatisation de son vol, se réjouit aujourd’hui de mener une vie normale. C’est d’ailleurs en Russie qu’on l’avait mis en garde contre “la fausse célébrité” celle qui a emporté Youri Gagarine. « Je me suis marié et j’ai eu des enfants pendant l’entrainement. Je n’ai pas fait le choix de sacrifier ma vie à l’espace. Je me suis fixé comme objectif d’être un bon astronaute, mais aussi d’être un bon père. Et en ce sens, c’était difficile ».

Réapprendre à sortir les poubelles

Son collègue de mission Franklin Chang-Díaz l’avait averti. « Le plus difficile, c’est le retour, quand il faut réapprendre à sortir les poubelles. » Philippe Perrin ne parle pas ou peu de cet après. « C’est pour le tome 2 », confie-t-il. « Le vol habité est une drogue dure. Soit, on reconsomme, soit on s’arrête. De toute façon, il faut laisser la place aux jeunes, notamment à Sophie maintenant ». Sophie Adenot qui signe la préface de cette autobiographie. Elle révèle que membre du club espace à Supaéro, elle avait participé à la création d’un site internet sur le vol de Philippe Perrin. Pour les remercier, l’astronaute avait invité tous les membres du club au décollage. « Assister au vol de Philippe Perrin était un petit pas de plus vers mon rêve » écrit la Française qui doit partir en 2026 dans l’ISS, assemblée par son aîné. « Du coup, récemment, je lui ai envoyé un petit message, en lui disant que j’aimerais bien qu’elle m’invite à son décollage ».

En Apesanteur

Philippe Perrin

Éditions Michel Lafon

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