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La NASA abandonne la coûteuse mission lunaire VIPER

Publié le 19 juillet 2024

Il devait atteindre le Pôle Sud de la Lune en novembre 2024. Mais la NASA a annoncé l’abandon de la mission VIPER devenue trop chère. Un rover devait étudier la présence de glace d’eau dans cette région lunaire où doivent se rendre les prochaines missions Artemis.

La NASA abandonne la coûteuse mission lunaire VIPER

C’est fini pour la mission VIPER. Plusieurs fois repoussée, elle prévoyait un lancement en septembre 2025 et le déploiement d’un rover dans la région du Pôle Sud de la Lune. Ce rover devait notamment détecter la présence de glace d’eau dans cette région qui intéresse particulièrement les agences spatiales. La mission est devenue trop chère et la NASA préfère se concentrer sur d’autres projets moins coûteux du programme CLPS (Commercial Lunar Payload Services), des missions privées d’envoi de matériel et d’expériences sur le sol lunaire. Une décision qui laisse un peu plus le champ libre à la Chine qui ne cache plus ses ambitions lunaires.

Selon les modèles, le cratère de Shackleton pourrait contenir plusieurs millions de tonnes de glace d’eau.

© NASA

La quête de l’eau

L’eau est un enjeu majeur des missions vers la Lune et au-delà

Au fil de son histoire, de l’eau a régulièrement été amenée sur la Lune par des comètes et des astéroïdes. Toutefois, dans la plupart des cas, elle n’y reste pas. Réchauffée par les températures extrêmes – jusqu’à +120° – du jour lunaire, l’eau se sublime. Le gaz n’est pas retenu, comme sur Terre, par une atmosphère. L’eau s’échappe dans l’espace. Mais en 1999, la sonde Lunar Prospector a détecté des traces d’eau, sous forme de glace, au fond des cratères les moins éclairés. Le Pôle Sud de la Lune est un bassin d’impact particulièrement chaotique. Or, si les crêtes des cratères sont éclairées, quasiment en permanence, le fond des cratères est, par endroit, dans le noir permanent. Des observations confirmées en 2009 par l’orbiteur lunaire Lunar Reconnaissance Orbiter (LRO).

Le défi de l’ISRU

À la Cité de l’espace, l’exposition “Lune : épisode II”, explique aux visiteurs les enjeux de la ressource en eau à la surface de la Lune. L’eau pourrait, en effet, être utilisée par les astronautes dans ce que les agences spatiales appellent l’ISRU (In-situ ressources utilization). L’eau pourrait se boire, mais aussi être transformée en oxygène pour respirer. Et, avec de l’oxygène et de l’hydrogène, on fait aussi décoller des fusées. L’expérimentation de l’utilisation de ces ressources sur la Lune, pourrait permettre, à plus long terme, d’éprouver ces technologies pour des voyages sur Mars.

VIPER, c’est fini

Après avoir dépensé 450 millions d’euros pour cette ambitieuse mission, la NASA a préféré y mettre un terme

C’est en 2017 qu’est lancé le projet VIPER, d’abord baptisé “Resource Prospector”. Il prévoit le déploiement au Pôle Sud de la Lune d’un rover lunaire. Ce Volatiles Investigating Polar Exploration Rover de la taille d’une petite voiture devait emporter des instruments dédiés à l’étude du sol lunaire. Notamment, une foreuse capable de creuser jusqu’à 1 m pour prélever des échantillons. Conçu pour fonctionner une centaine de jours, il devait dresser une carte de la ressource en eau dans sa zone de déploiement.

Trop cher

Même si le modèle était assemblé et testé, le 17 juillet, la NASA a annoncé l’interruption de la mission. « Après un examen approfondi, nous arrêtons le développement de notre projet VIPER », a indiqué l’agence spatiale américaine sur son compte X (anciennement Twitter). Trop cher, VIPER avait déjà englouti 450 millions de dollars pour sa conception avant même le décollage. Le robot doit désormais être démonté et des éléments seront réutilisés sur d’autres missions lunaires.

Le rover de la NASA, VIPER, ici assemblé, sera démonté et des éléments seront utilisés pour d’autres missions.

© NASA

L’alunisseur Peregrine, ici juste après sa séparation, n’a pas réussi à atteindre la Lune et a fini sa course dans l’océan Pacifique.

© Astrobotic

Vers d’autres missions lunaires

La NASA préfère se concentrer sur d’autres missions du CLPS

Le CLPS est le programme commercial de la NASA qui fait appel au privé pour des missions d’acheminement de matériel sur la Lune. VIPER devait notamment être emmené par l’alunisseur Griffin d’Astrobotic. L’entreprise américaine est la première à avoir tenté de rejoindre la Lune avec Peregrine cette année. Sans succès. Il y a fort à parier que, compte tenu de l’enjeu financier de cette mission, l’échec de Peregrine a pesé dans le choix de la NASA. Le décollage de Griffin reste prévu en septembre 2025, mais sans VIPER. Il devra démontrer sa capacité à se poser sur la Lune. D’ici là, d’autres missions sont également prévues.

Le choix d’Intuitive Machines

Bien que son alunisseur Odysseus se soit couché, Intuitive Machines est devenue, en février, la première entreprise privée à se poser sur la Lune. Elle prévoit au moins deux autres missions fin 2024 et début 2025. La mission IM-2, doit emmener le Polar Resources Ice Mining Experiment-1 (PRIME-1) recherchera de la glace d’eau et effectuera une démonstration de l’utilisation des ressources à l’aide d’une foreuse et d’un spectromètre de masse pour mesurer la teneur en substances volatiles des matériaux souterrains. Par ailleurs, d’autres missions menées par Firefly ou Draper Laboratory ont été signées dans le cadre d’une enveloppe globale de 2,5 milliards d’euros sur dix ans, déjà bien entamée par les 450 millions dépensés pour VIPER.

En février 2024, Odysseus, d’Intuitive Machines, ici juste avant son alunissage, s’est couché au moment d’atteindre le sol lunaire.

© Intuitive Machines

Avec Chang’e 7 dès 2026, la Chine entend explorer le Pôle Sud de la Lune et évaluer ses ressources en eau.

© CNSA – Traduction Cité de l’espace

Le champ libre pour la Chine

Le Pôle Sud intéresse aussi beaucoup la Chine qui prévoit d’y faire atterrir Chang’e 7 en 2027

Cette décision de la NASA risque de laisser un peu plus de place à l’Agence spatiale chinoise qui ne cache pas ses ambitions pour la Lune. Elle projette, elle aussi, d’installer une base lunaire habitée au Pôle Sud de la Lune, pour les mêmes raisons que celles qui intéressent les partenaires du programme Artemis. Dès 2026, l’atterrisseur Chang’e 7 devrait déployer un rover et une “mini-sonde volante”, baptisé “le sauteur”. L’objectif principal de cet atterrisseur sera d’explorer le Pôle Sud de la Lune pour évaluer ses ressources et son ensoleillement. Chang’e 7 sera équipé de cinq instruments scientifiques et devra, entre autres, évaluer la géologie de la Lune, sa structure interne et son magnétisme. Cette mission et la suivante (Chang’e 8 prévue en 2028) devraient permettre, aussi, de proposer un prototype de base lunaire.

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