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Publié le 17 mai 2022
Sous ses crayons, les agents spatio-temporels Valérian et Laureline ont pris forme et parcouru le cosmos, créant une saga de référence dans le monde de la science-fiction en BD. Jean-Claude Mézières nous a quittés le 23 janvier 2022.
Né le 23 septembre 1938 à Paris, Jean-Claude Mézières commença sa carrière de dessinateur dans les années 1950. C’est avec son ami d’enfance Pierre Christin (né la même année que lui) qu’il forgea l’idée d’un duo d’agents ayant pour base le Service Spatio-Temporel à Galaxity au 28ème siècle. Si cette ville imaginaire est située sur Terre, les agents Valérian et Laureline se déplacent à travers le cosmos et le temps afin d’éviter les modifications du passé ou les désordres sur de multiples planètes… quitte à être en conflit avec leur hiérarchie pour des raisons éthiques.
Ces désaccords du duo avec leurs supérieurs ont permis aux deux auteurs d’aborder de multiples sujets qui font écho au présent (environnement, racisme, féminisme, démocratie, rôle des multinationales, etc.) dans le cadre d’un Space Opéra en BD tout en cassant quelques codes établis. Ainsi, si Valérian fait preuve de courage à de nombreuses reprises, il s’éloigne du stéréotype du héros en montrant ses faiblesses et questionne les motivations du Service Spatio-Temporel qui l’emploie, une réflexion souvent initiée par Laureline. Celle-ci s’écarte d’ailleurs du cliché de la demoiselle en détresse par sa force de caractère et l’importance de ses décisions au sein des récits.

Jean-Claude Mézières au Salon du Bourget de 2017 lors d’une masterclass grand public «Valérian, invité spatial» organisée par le CNES.
Crédit : CNES/Arthur Hoareau
Au fil des albums (signalons que le tome 23 paru en 2010, L’OuvreTemps, clôt l’arc narratif de Valerian et Laureline) Mézières et Christin ont donc abordé des thématiques sérieuses tout en plongeant lectrices et lecteurs dans un univers particulièrement riche et imaginatif (nombreux mondes et créatures avec leur histoire et culture). Une saga spatiale et humaniste rehaussée par le génial coup de crayon de Jean-Claude Mézières et son incisif sens du découpage en cases et planches (voir notamment la bataille dans l’espace de L’Empire des Mille Planètes dont la conclusion prend toute une page).
Cette œuvre ne pouvait qu’intéresser le cinéma et on souligna à plusieurs reprises les empreints du réalisateur américain Georges Lucas pour sa propre saga spatiale, Star Wars (attention toutefois aux simplifications et cet article de France Info fait à ce propos une analyse équilibrée).
En 2017, le réalisateur français Luc Besson adapta sur le grand écran la BD avec le film Valérian et la Cité des Mille Planètes. Ce fut l’occasion pour l’agence spatiale française CNES de produire la vidéo ci-dessous qui montre que Valérian et Laureline sont aussi des «inspirateurs scientifiques».
Au passage, notez que l’interview de l’astronaute Jean-François Clervoy a été réalisée à la Cité de l’espace de Toulouse.
Si la vie de Jean-Claude Mézières ne peut se résumer aux seules aventures des deux agents spatio-temporels, le dessinateur reste toutefois à jamais pour beaucoup le «père graphique» de Valérian et Laureline et des mondes qu’ils ont visités. L’incarnation immortelle d’un spatial qui va bien au-delà des frontières étriquées du Système solaire sans pour autant oublier les questions essentielles de notre humanité.
Illustration titre : Cité de l’espace / CNES (photo Mézières) / Dargaud