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TV-D1 : le programme de vols habités de l’Inde avance

Publié le 23 octobre 2023

Le 21 octobre, lors du vol TV-D1, l’agence spatiale indienne ISRO a testé avec succès le système d’éjection de sa future capsule. D’autres essais sont prévus avant un premier vol habité en toute autonomie annoncé pour 2025.

TV-D1 : le programme de vols habités de l’Inde avance

Créée en 1969, l’ISRO (Indian Space Research Organisation) a œuvré pour que l’Inde obtienne son indépendance en matière d’accès à l’espace ainsi que pour les satellites. L’accent a été mis sur ceux de télécommunications et d’observation de la Terre afin d’aider à gérer un vaste territoire. Depuis 2008, avec sa première sonde lunaire Chandrayaan-1, l’ISRO s’est de plus tournée vers des missions scientifiques d’exploration (se posant même sur la Lune en août 2023) tout en faisant monter en puissance un programme de vols habités initié peu avant.

Un lanceur inhabituel

Connu sous le nom Gaganyaan (vaisseau céleste en sanscrit), le programme de vols habités indien a commencé en 2006. Au fil des années, l’ISRO a avancé dans la conception d’une capsule et du lanceur associé. Ce dernier sera le LVM3 (Launch Vehicle Mark3) dans une version spécifique. Le vol inaugural du LVM3 remonte à 2014 et servit d’ailleurs alors à tester la rentrée dans l’atmosphère du prototype de vaisseau indien. Début 2019, l’agence indienne inaugura un centre spécifique consacré aux vols habités.
On le constate, la volonté de la plus grande démocratie du monde de devenir le quatrième pays (après l’URSS/Russie, les États-Unis et la Chine) capable d’envoyer en toute autonomie des hommes et des femmes dans l’espace a démarré voici déjà quelques années !
La réussite du vol TV-D1, pour Test Vehicle Demonstration 1, du samedi 21 octobre représente à ce titre une avancée décisive. Certes, le lanceur avec sa capsule plus large à son sommet peut sembler inhabituel

Avec une capsule plus large à son sommet, le lanceur de TV-D1 a une allure plutôt inhabituelle. Le système d’éjection est la petite fusée placée au-dessus de la capsule.
© ISRO

La capsule après sa récupération par la marine indienne dans le golfe du Bengale le 21 octobre 2023.
© ISRO

Cela s’explique par le fait que, pour essayer en conditions réelles le système d’éjection, l’ISRO n’avait pas besoin de recourir à son LVM3 bien plus coûteux à mettre en œuvre. Astucieusement, l’agence indienne s’est basée sur un booster latéral de type L40 de son GSLV MkII, lanceur essentiellement utilisé pour des satellites géostationnaires.

Mû par un unique moteur Vikas, ce booster suffisait pour amener la capsule vers 12 km d’altitude. La mission commença à 10h heure locale du centre spatial Satish Dawan et après 61 secondes d’ascension, à 11,9 km d’altitude, le CES (Crew Escape System) éjecta une version prototype inhabitée de la capsule, prouvant l’efficacité du dispositif. Si une défaillance du lanceur se produisait lors d’un vol habité, le CES éloignerait suffisamment vite le vaisseau afin de sauver l’équipage. La capsule est ensuite redescendue sous 3 parachutes vers le golfe du Bengale où la marine indienne l’a récupérée.

Une étape majeure selon Thomas Pesquet

Le test réussi d’un système de sauvegarde constitue une avancée notable pour un programme de vols habités. L’astronaute Thomas Pesquet a d’ailleurs qualifié le succès de TV-D1 d’«étape majeure» lors d’un tweet sur son compte X le jour même de ce vol. Le dixième français dans l’espace était de plus en Inde une dizaine de jours auparavant du fait de sa participation aux journées spatiales indo-françaises. Les deux pays partagent en effet une longue histoire de coopération, l’agence spatiale française CNES ayant soutenu l’ISRO dès ses débuts. Le vol TV-D1 du 21 octobre comportait à ce titre un des éléments emblématiques de cette entente : l’unique moteur Vikas du booster utilisé pour l’essai est la version indienne du Viking français développé pour la famille Ariane, versions 1 à 4.

On notera que Thomas Pesquet salue la volonté de l’Inde qui «fera très bientôt partie du club des pays pouvant envoyer des femmes et des hommes dans l’espace» tout en soulignant que «l’Europe possède toutes les technologies nécessaires pour faire partie de ce club». Une autonomie européenne en la matière a fait l’objet de plusieurs déclarations et rapports en sa faveur, mais les décisions concrètes sont toujours attendues.

© Compte X de Thomas Pesquet

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